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samedi, 03 mars 2018 06:00

Religion / Réseaux sociaux : Mohamed Aïssa veut encadrer Facebook

Écrit par Lyes Sakhi
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Jeudi dernier, le ministre des Affaires religieuses et des Wakfs a appelé les imams d’Algérie à «mettre à profit les nouvelles technologies et à investir les réseaux sociaux pour lutter contre l’extrémisme, le phénomène sectaire et promouvoir les véritables préceptes de l’Islam».


En un mot, Mohamed Aïssa a appelé les imams du pays à encadrer Facebook en y étant davantage présents et, disons-le, à rattraper le «retard numérique» qu’ils accusent depuis longtemps. N’étant pas dans leur majorité des gens de religion intéressés par les TIC pour leur métier de prédication, ils sont désormais invités à «jouer du clic» et à se manifester davantage afin d’assurer une «offre théologique» conforme au référent sunnite national et contrer la vague – c’est un euphémisme - des discours extrémistes et certains «polpotiens» qui saturent la toile et parviennent à capter une audience énorme, notamment chez les personnes à l’esprit non armé.
La société algérienne a besoin «d’un discours modéré d’éducation et de sensibilisation visant à ancrer l’amour de la patrie chez les Algériens et leur rappeler les vertus de la stabilité, d’autant que l’Algérie a vécu dans les années 90 une période difficile», a expliqué le ministre qui s’est exprimé à l’occasion d’une rencontre avec les responsables du secteur et les imams.
Son argument est que «33% des Algériens, soit 14 millions, utilisent Facebook» et que beaucoup d’entre eux sont arrosés de prêches et de discours franchement violents, haineux et sectaires, quand ils ne sont pas considérés comme «déviationnistes». Mohamed Aïssa a appelé les imams à provoquer une petite révolution numérique dans leurs usages en créant des pages sur Facebook au nom des mosquées qu’ils dirigent.
Il s’agit, a-t-il dit, de servir de «rempart» face au discours de haine, au port d’armes, de division, de sectarisme et d’athéisme ciblant les Algériens de façon méthodique et sous différentes formes».
Mohamed Aïssa a appelé les imams à «diffuser des prêches et des avis unifiés sur les questions qui concernent la nation». Il est même sorti de son cadre d’intervention en mettant en garde contre «les campagnes sectaires et mouvements athéistes qui tentent de remettre en cause la Guerre de libération et ses symboles, l’indépendance, les réalisations et les décisions de l’Etat».
Pour le ministre, les réseaux sociaux et Facebook qu’il a le plus évoqué durant sa rencontre sont ouverts à tous les vents et peuvent être une source de désordre.
A ce titre, il a apporté un démenti à l’existence d’une quelconque fatwa décrétant interdites la «Harga» ou la grève, affirmant qu’aucun imam n’a décrété une telle fatwa. En réponse à une question sur l’organisation de la fatwa en Algérie, le ministre a mis en avant, dans ce sens, la nécessité d’une académie algérienne du Fikh qui permettra, une fois installée, de mettre fin à la cacophonie tant au niveau de l’espace public que dans les médias. S’agissant du poste de Mufti de la République, M. Aissa a indiqué que la question relevait du président de la République, rappelant, dans ce sens, que l’émission de fatwas individuelles était du ressort du ministère, tandis que le Haut conseil islamique (HCI) a la charge d’émettre des fatwas pour l’ensemble des Algériens.


En religion comme dans le commerce
Ce n’est pas la première fois que le ministre des Affaires religieuses appelle à investir les réseaux sociaux, montrant que son secteur a accusé un trop grand retard à s’intéresser à l’internet et aux réseaux sociaux et que le gouvernement a des difficultés à gérer ces nouveaux espaces d’expression et d’information qui peuvent être aussi des outils de manipulation des opinions. Ainsi, si on peut parler aujourd’hui véritablement de religion des réseaux sociaux, en raison de leurs milliards d’abonnés, les religions au sens propre ont, elles aussi, élu domicile dans ces sites et diffusent leurs discours depuis longtemps déjà.
Le premier tweet de l’église catholique «posté» par le pape Benoit XVI en décembre 2012 a fait sensation alors qu’il était déjà en retard par rapport aux églises évangéliques, très actives et depuis très longtemps sur la toile.
Chez les musulmans, les cyber prédicateurs se comptent par milliers. Ils parlent différentes langues, sont des pays divers, sunnites, chiites ou d’autres obédiences davantage marginales, certains d’entre eux sont de véritables stars du Web et jouissent d’une audience planétaire. D’autres, qui forment le plus gros contingent de ces religieux «new age», sont parfois difficiles à identifier et profitent de l’effet d’amplification extraordinaire de l’Internet pour faire passer leurs messages avec la garantie prouvée qu’ils parviennent toujours à gagner de l’audience, abstraction faite de la fiabilité de leur «offre théologique».
D’autres encore, plus faciles à distinguer, mais difficiles à combattre en raison de leur maîtrise de la technologie et de leur mobilité, font du Web une arme de guerre et diffusent, à l’exemple de Daech et des groupuscules extrémistes assimilés, des vidéos appelant à la violence et à la destruction quand ils ne répandent pas sur les réseaux sociaux des scènes réelles de torture et d’exécution ou quand ils ne lancent pas des campagnes de recrutement appelant des jeunes, les moins formés d’esprit, au «djihad».
Le ministre algérien n’est pas le seul non plus à mettre en garde contre l’influence des réseaux sociaux. Pour de toutes autres raisons, liées au monopole économique et à l’influence stratégique dans le monde, le milliardaire George Soros vient de publier récemment un article dans lequel il écrit que «les médias sociaux manipulent leurs utilisateurs en canalisant leur attention vers leurs propres objectifs commerciaux et en créant délibérément une addiction à leurs services (...) Nous vivons dans une ère numérique et quelque chose de potentiellement irréversible se passe au niveau de l’attention humaine.
Ce n’est pas une simple question de manque d’attention ou d’addiction, car les médias sociaux poussent véritablement les gens à renoncer à leur autonomie (…) Les gens qui manquent de liberté d’esprit sont facilement manipulables.» 

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